Les statistiques ne mentent pas : sur les planches françaises, les humoristes blondes ont longtemps été reléguées à des seconds rôles, condamnées à porter les mêmes blagues fatiguées sur leur couleur de cheveux. Pendant des années, ce stéréotype a traîné partout, aussi bien devant le micro qu’en coulisses. Et puis, un jour, une artiste a renversé la table. Le regard du public a changé, les professionnels ont emboîté le pas. Ce qui semblait figé a soudainement bougé, bousculant la comédie hexagonale et le destin de celles qu’on réduisait à un cliché.
Humoristes blondes françaises : clichés, héritage et petites révolutions sur scène
En France, les humoristes blondes ont longtemps traîné le même bagage : celui de la caricature. Cantonnées à des seconds rôles, elles servaient bien souvent d’illustration facile, prisonnières d’un archétype sans nuance. Mais un trio s’est amusé à saboter l’affiche : Les Coquettes, alias Marie Facundo, Juliette Faucon et Lola Cès. L’autodérision, chez elles, devient un sport de combat : chaque vanne retourne les préjugés contre eux-mêmes. Elles frappent fort là où il faudrait soi-disant marcher sur la pointe des pieds, la sexualité, l’âge, la filiation, le rapport au corps.
Scène après scène, dans les rangs de Bobino ou ailleurs à Paris, le show se mue en laboratoire. Chacune campe avec fougue sa partition, poussant les stéréotypes si loin qu’ils finissent par s’effondrer d’eux-mêmes. Leur premier spectacle, cinq ans d’affilée sur scène, a fait l’effet d’une bouffée d’air frais : satire réjouissante, chansons, thèmes bruts abordés sans maquillage. Pas de détour face aux injonctions sur la jeunesse ou d’autres sujets rarement traités aussi franchement. Tous les tabous y passent, jusqu’aux plus inattendus.
Pour mieux comprendre leur style, il suffit de regarder ce qui se joue tout au long de leurs spectacles :
- L’autodérision comme arme revendiquée, qui ne laisse aucun préjugé indemne
- Une façon directe d’aborder l’intimité, sans filtre ni cliché
- La transformation des stéréotypes de genre en ressorts drolatiques, loin de tout conformisme
Dans l’univers souvent balisé de l’humour, Les Coquettes créent une brèche. Leur parole, jamais corsetée, incarne une forme de féminisme très assumée. Leur nouveau programme, monté après de longs mois de répétitions à distance sur WhatsApp, Zoom ou House Party, repousse les clins d’œil attendus sur le coronavirus. À rebours des facilités, elles cherchent à renouveler la scène, à faire souffler un vent autre chose que la routine. Ce niveau d’exigence profite à l’ensemble des artistes, femmes ou hommes, qui montent sur scène avec des cheveux blonds et le désir d’imposer leur singularité.
Qui sont celles qui font exploser les codes et pourquoi leur humour séduit autant ?
Au Théâtre Bobino, les places partent vite. Marie Facundo, Juliette Faucon et Lola Cès forment une équipe où chaque tempérament apporte sa nuance. C’est le trio gagnant d’une alchimie rare : des textes finement aiguisés, des chansons irrésistibles, une énergie qui embarque la salle entière de la première à la dernière minute.
Malgré l’arrêt brutal des représentations lors de la crise du coronavirus, leur créativité ne s’est pas tarie. Elles ont continué à inventer, travailler, partager leurs idées à travers des outils comme WhatsApp, Zoom ou House Party. Leur méthode de création, collective et instinctive, bouscule les habitudes du métier. Pas question non plus de miser sur les facilités du moment : elles refusent l’étiquette « humour Covid » et préfèrent explorer d’autres terrains.
Leur assise sur les réseaux sociaux, Instagram, TikTok, YouTube, contribue à élargir leur public. Podcasts et extraits rencontrent un écho puissant auprès d’une génération avide d’authenticité. Difficile d’attribuer cette réussite au hasard : Les Coquettes naviguent en liberté, provoquent le débat, s’emparent des tendances sans craindre d’aller à contre-courant. Preuve que les clichés s’effacent, à force de talent. Jusqu’au jour où l’on regarde la scène autrement, en se disant que la couleur des cheveux n’a jamais fait l’humour. Le rire, décidément, ne porte aucun uniforme.


